« Aiguier », voilà un nom bien étrange, à la sonorité dure comme la roche dans laquelle il est taillé. Cette appellation est déclinée du provençal « aigo » qui signifie « eau ».

Les aiguiers de Sault et des Monts de Vaucluse

« Aiguier », voilà un nom bien étrange, à la sonorité dure comme la roche dans laquelle il est taillé. Cette appellation est déclinée du provençal « aigo » qui signifie « eau ».

L’aiguier constitue une des spécificités majeures des Monts de Vaucluse, ce pays calcaire où l’eau de surface se fait rare. Les aiguiers sont des bassins creusés dans la roche par la main de l’homme, dans le but de recueillir les eaux de pluies pour accommoder l'activité humaine. Ils en restent aussi les témoins ! 

Les aiguiers sont nés d'une nécessité

L' aiguier est le symbole de l’économie de la rareté. Les puits, dont le but est d'atteindre une nappe souterraine, sont quasiment impossibles à réaliser tant la roche est dure et la dalle calcaire épaisse. Dans le piémont des Monts de Vaucluse, on avait souvent recours à un système assez sophistiqué et qui demandait une mise en œuvre importante : mes mines d'eau ( ou galeries drainantes). Elles ramènent les eaux de la nappe souterraine à la surface de la terre par gravitation et par le biais d'une galerie légèrement inclinée, creusée dans la roche, qui débouche à un réservoir. La capture des eaux souterrain,es est donc une d'une extrême complexité, pour des résultats parfois très décevants. L'ultime solution sur le plateau du Vaucluse restait souvent de retenir les eaux de ruissellement, très abondantes sur ce sol imperméable. Les aiguiers datent probablement de la fin 18è et du 19ème siècle.

Du rudimentaire bassin à ciel ouvert au maître d’œuvres !

Les premières citernes étaient de simples cavités à ciel ouvert vers lesquels convergeait l'écoulement naturel de l'eau, aidé de quelques rigoles grossièrement taillées. Puis le système se perfectionna : De voûtes en berceau ( en pierres rayonnantes) De voûtes en encorbellement ( empilement de pierres à la façon des bories, structures autoportantes), De voûtes rocheuses : taillé intégralement dans le rocher, parfois recouvertes d’un enduit de propreté et d’étanchéité de la roche. Toutes ces voûtes permettaient de garder une certaine qualité , fraîcheur et pureté de l’eau tout en évitant son évaporation. Elles permettaient aussi d’éviter la noyade des animaux. L’eau était alors puisée avec un seau et une corde grâce à une ouverture spécifique. La créativité des Comtadins ne manquait pas, mais lorsque les campagnes se sont désertées après la 1ère guerre mondiale, la construction des aiguiers s’est achevé

A quoi servaient les aiguiers ?

Abreuver les troupeaux : Au 19ème siècle , l’élevage était l’une des principales ressources du plateau de Sault.

  • Accommoder l’usage domestique ( lavage du linge, arrosage potager, cuisine...
  • Accommoder l’activité artisanale ( distillation de la lavande et le refroidissement du « serpentin »…). Le nombre important d'aiguiers entre Saint-Jean de Sault et Saint Saturnin d'Apt, dans des lieux très isolés, se justifie probablement par cet usage. 
  • Accommoder le transport (ceux situés le long des grands axes de communication, comme par exemple la route des gorges de la Nesque qui reliait Sault à la plaine de Carpentras permettaient d'abreuver les attelages de diligence)


Les usages actuels sont rares : C'est le cas pour quelques fermes isolées ne possédant pas l'eau courante ou pour arroser les potagers et jardins d'agrément